Harcelement sur le barrage

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Harcelement sur le barrage

Message  Admin le Mer 20 Aoû - 11:52

De : Pierre Lapalu (general 2S) commandant 61 62 du 3 eme escadron dr RICM PC à gabriel 31 Cie

Voila en avant-propos en quoi consistait le harcèlement sur le barrage.

*Harcèlement au mortier et contre-batterie*

Le poste Gabriel, tenu par une compagnie du 3^ème bataillon de la DBFM,
étant sur un piton, et le Kiss, qui séparait l’Algérie du Maroc, n’étant
pas bien loin, les « fellouzes », bien tranquilles dans ce royaume
voisin, ne se gênaient pas pour prendre sous leur feu les défenseurs du
barrage.

Par nuit bien sombre, il leur était arrivé de tirer sous nos engins
blindés avec des « fusils » anti-chars soviétiques d’un calibre de 14^m
/m , je crois, en prenant pour cible les feux rouges arrières des
automitrailleuses ou des half-tracks, visibles de très loin. Cependant,
leurs projectiles étant munis d’un traceur, on suivait parfaitement
leurs trajectoires à l’œil nu, de sorte qu’il était assez facile de
remonter jusqu’au point de départ. Nous avions alors mis un ou deux
chars en surveillance et la riposte pouvait être presque instantanée. Ce
petit jeu ce dura donc pas longtemps, soit faute de munitions, absence
de résultats ou crainte de recevoir nos obus.

Par contre, le harcèlement au mortier de 82^m/m soviétique ne
s’interrompit presque jamais. Gabriel et les postes voisins surveillant
le barrage se trouvaient largement à portée de ces tubes qui peuvent
expédier leurs obus jusqu’à 6.000 mètres. Or le Kiss était à un
kilomètre environ, un peu plus ou un peu moins.

De nuit, la lueur d’un départ de mortier est visible de loin, surtout si
la charge propulsive est maximum pour atteindre des grandes portées. Ces
engins sont donc repérables. En outre sur la chaîne de montagne longeant
la frontière quelques kilomètres en arrière du barrage, un radar
anti-mortier, dernier cri, ou presque, de la technique de l’époque,
était en veille permanente. Ce radar, calculait les coordonnées de
l’obus en deux points de sa trajectoire, puis matérialisait celle-ci sur
son écran si bien qu’il ne restait plus qu’à la rapporter sur une carte
pour connaître le point de départ, donc l’emplacement de la pièce.

Pour diminuer l’efficacité d’une contre-batterie, les « fellouzes »
dispersaient leurs mortiers sur un demi-cercle devant leur objectif et
les enterraient dans des matmoras, sorte de silos à grains creusés dans
le sol et n’ayant qu’une ouverture au sommet, ronde comme celle d’un
puits. La plaque de base était au fond de la matmora, le haut du tube
affleurant l’ouverture. La lueur de départ demeurait visible, mais ainsi
installé, il aurait fallu que l’obus tombe juste sur l’ouverture pour
détruire la pièce. C’était évidemment peu probable. En outre, une seule
pièce aurait été éliminée, les autres, dispersées, demeurant intactes.

Il restait une possibilité pour essayer d’atteindre les servants de la
pièce, c’était l’emploi d’obus explosant à une certaine hauteur
au-dessus du sol, en espérant que des éclats pénétreraient dans les
matmoras. Les artilleurs disposaient de projectiles dit « posit » dont
la fusée munie d’un radar miniature faisait exploser l’obus à 15 ou 25
mètres, je ne me souviens plus exactement, au-dessus du sol. On pouvait
employer aussi les canons de 75 des M.24 en utilisant le procédé du
ricochet. La fusée de l’obus était réglée sur « retard » et le point
visé était choisi à 50 mètres environ devant l’objectif. Le plus
souvent, on visait l’objectif puis on donnait un tour de manivelle pour
raccourcir le tir. L’obus ricochait, mais au point d’impact, la fusée se
déclenchait, brûlait une seconde et faisait exploser la charge au-dessus
de l’objectif. L’obus était alors sur une courbe ascendante de sorte que
les éclats criblaient le sol sur une assez grande surface formant un ovale.

Pendant l’automne 1961, on ne comptait plus les soirs de harcèlement
mais les nuits où il ne se passait rien.

Les Fellouzes avaient certainement réglé leurs tirs, pièce par pièce
puisque celles-ci étaient très dispersées, afin que tous leurs coups
tombent dans le poste. Or Gabriel étant sur un piton, disons une petite
colline, le rectangle de dispersion, surtout à longue portée dépassait
largement les dimensions du poste. De plus, il était soumis à un vent
fréquent venant de la mer, c’est-à-dire du Nord. Aussi bon nombre de
projectiles tombait en dehors du poste, heureusement, et le plus souvent
au sud, là où avaient été installées, comme par hasard, les latrines
extérieures. De nuit, il était donc prudent de s’abstenir ou, d’aller
satisfaire ses urgences ailleurs !

Toutes les constructions internes abritant du personnel étaient
recouvertes d’une dalle de béton de 15 centimètres d’épaisseur à
l’épreuve des obus de 82^m/m des mortiers soviétiques. Les autres
bâtiments destinés à recevoir du matériel ou inoccupés la nuit se
contentaient souvent d’une couverture en tôles ondulées. C’était le cas
d’un certain nombre de magasins, dont l’armurerie, du bar des officiers
mariniers et du foyer des matelots.

Au centre de la cour triangulaire, un merlon en béton protégeait le
mortier de 120^m/m sur affût circulaire, du type de ceux qui armaient
les LCM des Dinassau en Indochine. Devant les portes, s’élevait
également des merlons plus petits et en pierre pour la plupart, rarement
en sacs à sable, pour empêcher les éclats des projectiles tombant dans
la cour de pénétrer à l’intérieur. J’avais établi mon PC nocturne dans
ce qu’on pourrait appeler le bar des officiers et j’y avais déplié mon
lit picot. Devant la porte, stationnait ma jeep avec les postes radio me
reliant au régiment, un ANVRC.9, à mes pelotons, un SCR 508, et aux
éléments d’infanterie à terre, un ANVRC.3. Un de ces merlons l’entourait
sur trois côtés. Le quatrième servait d’entrée… et de sortie.

Les obus de mortiers généreusement distribués aux alentours de minuit,
l’heure du crime, ne tombaient dans le poste que s’il n’y avait pas de
vent. Ce n’était pas fréquent, mais le cas se présentait au moins une
fois ou deux par semaines. Ils ne firent de victimes qu’une seule fois,
et le reste du temps des dégâts matériels plus spectaculaires que graves.

Une nuit, après l’arrosage habituel, je sortis dans la cour pour
vérifier les pneus de ma jeep qui, malgré son merlon de protection,
avaient été plusieurs fois crevés. Ils étaient intacts, mais plus loin,
sur le sol, s’étalait une mare d’un liquide qui m’apparaissait noir.
Intrigué, j’allais y tremper le doigt et le portais à mon nez, pensant
trouver de l’huile moteur ou du gaz oil. C’était du pinard ! Un obus
avait crevé le toit en tôle de la cambuse et, pendant qu’il y était, un
fut de vin qui se trouvait sur sa trajectoire. C’était un coup dur pour
le poste, car chacun sait qu’il n’y a rien de plus sacré que le quart de
pinard du matelot.

Quelques jours plus tard, alors que le poste avait été réapprovisionné
en gros rouge, ce fut le carré des officiers mariniers qui encaissa un
projectile. Vicieux, celui-ci, après avoir perforé le toit, explosa sur
le frigidaire qu’il traversa du haut en bas. Sa fusée fut retrouvée dans
la terre en dessous. Cette fois, à ma grande surprise, c’était du lait
qui ruisselait dans la cour. Les « maîtres-chargés » durent prendre leur
café noir ce matin-là !

Plus grave aurait pu être le coup qui atteint la réserve des bouteilles
de gaz pour la cuisine, juste à côté de celle-ci. Il s’agissait de
grandes bouteilles d’un mètre soixante-dix de haut du genre de celles
qu’on utilise pour l’air comprimé. Cette fois-là, je n’avais rien vu
dans la cour déserte, mais entendu un sifflement aigu qui m’a aussitôt
fait penser à mes pauvres pneus. Faisant rapidement le tour de ma jeep,
je ne vis rien d’anormal et je me demandais ce qui pouvait bien produire
ce bruit. A l’oreille j’ai fini pas trouver l’endroit d’où il provenait
mais la porte était fermée à clef. Heureusement, quelqu’un arriva
bientôt qui ouvrit et constata avec moi l’origine du mal. Un éclat
d’obus avait crevé une bouteille qui se vidait en sifflant.
Rétrospectivement, nous avions eu chaud, car si elle avait explosé, les
dégâts auraient été beaucoup plus importants, voire meurtriers.

Enfin, une dernière fois, plus spectaculaire et sérieux, ce fut le tour
du magasin d’armes qui fut détruit. Le feu se déclara car il contenait
pas mal d’huile et de graisses, à défaut de matières explosives
heureusement. Il fallut finalement faire… la part du feu !

Puis, ce fut le coup malheureux qui coûta la vie à un jeune enseigne
dont le nom m’échappe et blessa plusieurs matelots. J’étais comme
d’habitude dans mon PC nocturne en compagnie du jeune sous-lieutenant
commandant le peloton de chars M.24 lorsque les obus commencèrent à
tomber. Assis sur nos lits picots, en tenue de combat prêts à
intervenir, nous attendions, attitude la plus courante au combat. On
marche, on attend, on marche encore, puis on attend…

Je ne sais plus comment je fus averti qu’un obus avait frappé la tour.
Entre deux rafales, je traversais la cour en courant, les cours sont
faites pour ça, et je m’engouffrais dans la porte qui s’ouvrait à sa
base. Au premier étage, sans ouverture sur l’extérieur, dans une pièce
remplie de postes radio et de panneaux muraux,je trouvais le PC du poste
où se tenait le lieutenant de vaisseau qui commandait la compagnie et
l’ouvrage. Il me dit que son adjoint venait d’être tué et qu’il y avait
des blessés et des dégâts au sommet. Je m’y rendis aussitôt. Lorsque
j’atteignis l’étage supérieur, les obus de mortiers avaient cessé de
tomber.

Il n’était pas difficile de se rendre compte que l’obus meurtrier avait
explosé sur le parapet entourant la tour, en face de l’endroit où devait
se tenir l’enseigne, qui devait observer les départs des coups,
peut-être pour indiquer un objectif au canon de 20^m/m , juste à côté de
lui. Il avait été criblé d’éclats et n’avait probablement pas eu le
temps de comprendre ce qui lui arrivait. Il était certainement mort sur
le coup. Les éclats avaient également atteints, aux jambes le serveur du
canon, le haut de son corps étant couvert par le bouclier de la pièce,
et dans le dos le matelot à l’écoute du sismographe, qui se tenait
derrière le canon, dans un petit réduit édifié dans un coin mais sans porte.

Les corps des victimes avaient déjà été évacués par l’étroit escalier en
colimaçon de la tour, et on était en train de nettoyer les lieux. En
examinant l’endroit, je ne pus que constater que ce drame provenait de
la trop grande ouverture laissée entre la dalle de couverture et le
parapet. Un obus de mortier ne tombe pas verticalement mais en suivant
la courbe d’une parabole. Celui qui a éclaté sur le parapet avait du
frôler le bord de la dalle puis sa trajectoire avait pénétré
suffisamment pour frapper le bord du parapet. La dalle aurait débordé
plus laegement et l’ouverture eut été plus étroite, du type meurtrière,
l’obus aurait glissé le long du mur de la tour.

Par la suite ces ouvertures furent prudemment réduites avec des sacs à
sable entassés sur les parapets, ce qui surchargeait la tour et était
probablement inutile car un coup comme celui-la ne se reproduit pas plus
qu’il ne tombe deux fois un obus dans le même cratère.

Admin
Admin

Messages : 232
Date d'inscription : 14/05/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://dbfm.forumperso.com

Revenir en haut Aller en bas

harcelement de gabriel

Message  Admin le Mer 27 Aoû - 11:32

en complement au recit du gl lapalu l'enseigne de vaisseau tué au cours de cet harcelement est EV GENEVE

Admin
Admin

Messages : 232
Date d'inscription : 14/05/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://dbfm.forumperso.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Harcelement sur le barrage

Message  Admin le Mer 17 Déc - 15:49

ferrer jean marie a écrit:réponses à des questions concernant gabriel
tout d'abord je m'appelle FERRER jean marie je suis arrivé à gabriel le 1 er janvier 1961 matelot radio destiné à
remplacer le quartier maitre radio cargam en fin de séjour.
pour ce qui est de la description de la tour à mon arrivée, la tour n'a pas de protection (toiture) elle était équipée d'une mitrailleuse de 12/7 jumelles fixes et un projecteur de poursuite anti aerien elle fonctionnait si mes souvenirs sont bon avec un moteur diesel BERNARD
le canon de 20m/m sur affut double est arrivé plus tard et surtout quelques coups au but sur le poste
ainsi que le renforcement des locaux de la compagnie.
A l'opposé du canon de 20m/m la 12/7 et les jumelles on voit également l'échancrure sur le toit au
dessus du canon de 20m/m, si mes souvenirs sont également exact cette echancrure est due a une distance trop courte entre le sol et la toiture, laissant le passage à l'obus de mortier.Mon ami gransart chargeur au canon touva egalement la mort mais pas sur le coup le second maitre ....... fut tres choqué également.
La tour compte tenu des harcelements très fréquents et surtout meurtrier elle fut également renforcée en épaisseur
Les radios récupérèrent le rez de chaussée et prirent leur quartier définitivement dans la tour,gardant l'espace jour près des cuisines
nous prenons l'air avec mon équipe d'appellés je suis le second en partant de la droite vers la gauche

photo on peut voir un bati circulaire sur lequel je prends appui, prévu pour une 12:7

la tour est équipée d'une vieille hotchkiss avec l'équipe des radios je suis le premier en partant de la droite vers la gauche

voila pour ce qui est des tours de défense du poste
j'éssai de retrouver les noms des jeunes avec qui nous avons fait du bon travail

Admin
Admin

Messages : 232
Date d'inscription : 14/05/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://dbfm.forumperso.com

Revenir en haut Aller en bas

photos envoyées par JM Ferrer

Message  Admin le Mer 17 Déc - 18:25








Admin
Admin

Messages : 232
Date d'inscription : 14/05/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://dbfm.forumperso.com

Revenir en haut Aller en bas

un matelot tué s'appelait Gransard

Message  Guénée Jean Claude le Mar 25 Fév - 20:24

Admin a écrit:De : Pierre Lapalu  (general 2S)  commandant 61 62 du 3 eme escadron dr RICM  PC à gabriel  31 Cie

Voila en avant-propos en quoi consistait le harcèlement sur le barrage.

*Harcèlement au mortier et contre-batterie*

Le poste Gabriel, tenu par une compagnie du 3^ème bataillon de la DBFM,
étant sur un piton, et le Kiss, qui séparait l’Algérie du Maroc, n’étant
pas bien loin, les « fellouzes », bien tranquilles dans ce royaume
voisin, ne se gênaient pas pour prendre sous leur feu les défenseurs du
barrage.

Par nuit bien sombre, il leur était arrivé de tirer sous nos engins
blindés avec des « fusils » anti-chars soviétiques d’un calibre de 14^m
/m , je crois, en prenant pour cible les feux rouges arrières des
automitrailleuses ou des half-tracks, visibles de très loin. Cependant,
leurs projectiles étant munis d’un traceur, on suivait parfaitement
leurs trajectoires à l’œil nu, de sorte qu’il était assez facile de
remonter jusqu’au point de départ. Nous avions alors mis un ou deux
chars en surveillance et la riposte pouvait être presque instantanée. Ce
petit jeu ce dura donc pas longtemps, soit faute de munitions, absence
de résultats ou crainte de recevoir nos obus.

Par contre, le harcèlement au mortier de 82^m/m soviétique ne
s’interrompit presque jamais. Gabriel et les postes voisins surveillant
le barrage se trouvaient largement à portée de ces tubes qui peuvent
expédier leurs obus jusqu’à 6.000 mètres. Or le Kiss était à un
kilomètre environ, un peu plus ou un peu moins.

De nuit, la lueur d’un départ de mortier est visible de loin, surtout si
la charge propulsive est maximum pour atteindre des grandes portées. Ces
engins sont donc repérables. En outre sur la chaîne de montagne longeant
la frontière quelques kilomètres en arrière du barrage, un radar
anti-mortier, dernier cri, ou presque, de la technique de l’époque,
était en veille permanente. Ce radar, calculait les coordonnées de
l’obus en deux points de sa trajectoire, puis matérialisait celle-ci sur
son écran si bien qu’il ne restait plus qu’à la rapporter sur une carte
pour connaître le point de départ, donc l’emplacement de la pièce.

Pour diminuer l’efficacité d’une contre-batterie, les « fellouzes »
dispersaient leurs mortiers sur un demi-cercle devant leur objectif et
les enterraient dans des matmoras, sorte de silos à grains creusés dans
le sol et n’ayant qu’une ouverture au sommet, ronde comme celle d’un
puits. La plaque de base était au fond de la matmora, le haut du tube
affleurant l’ouverture. La lueur de départ demeurait visible, mais ainsi
installé, il aurait fallu que l’obus tombe juste sur l’ouverture pour
détruire la pièce. C’était évidemment peu probable. En outre, une seule
pièce aurait été éliminée, les autres, dispersées, demeurant intactes.

Il restait une possibilité pour essayer d’atteindre les servants de la
pièce, c’était l’emploi d’obus explosant à une certaine hauteur
au-dessus du sol, en espérant que des éclats pénétreraient dans les
matmoras. Les artilleurs disposaient de projectiles dit « posit » dont
la fusée munie d’un radar miniature faisait exploser l’obus à 15 ou 25
mètres, je ne me souviens plus exactement, au-dessus du sol. On pouvait
employer aussi les canons de 75 des M.24 en utilisant le procédé du
ricochet. La fusée de l’obus était réglée sur « retard » et le point
visé était choisi à 50 mètres environ devant l’objectif. Le plus
souvent, on visait l’objectif puis on donnait un tour de manivelle pour
raccourcir le tir. L’obus ricochait, mais au point d’impact, la fusée se
déclenchait, brûlait une seconde et faisait exploser la charge au-dessus
de l’objectif. L’obus était alors sur une courbe ascendante de sorte que
les éclats criblaient le sol sur une assez grande surface formant un ovale.

Pendant l’automne 1961, on ne comptait plus les soirs de harcèlement
mais les nuits où il ne se passait rien.

Les Fellouzes avaient certainement réglé leurs tirs, pièce par pièce
puisque celles-ci étaient très dispersées, afin que tous leurs coups
tombent dans le poste. Or Gabriel étant sur un piton, disons une petite
colline, le rectangle de dispersion, surtout à longue portée dépassait
largement les dimensions du poste. De plus, il était soumis à un vent
fréquent venant de la mer, c’est-à-dire du Nord. Aussi bon nombre de
projectiles tombait en dehors du poste, heureusement, et le plus souvent
au sud, là où avaient été installées, comme par hasard, les latrines
extérieures. De nuit, il était donc prudent de s’abstenir ou, d’aller
satisfaire ses urgences ailleurs !

Toutes les constructions internes abritant du personnel étaient
recouvertes d’une dalle de béton de 15 centimètres d’épaisseur à
l’épreuve des obus de 82^m/m des mortiers soviétiques. Les autres
bâtiments destinés à recevoir du matériel ou inoccupés la nuit se
contentaient souvent d’une couverture en tôles ondulées. C’était le cas
d’un certain nombre de magasins, dont l’armurerie, du bar des officiers
mariniers et du foyer des matelots.

Au centre de la cour triangulaire, un merlon en béton protégeait le
mortier de 120^m/m sur affût circulaire, du type de ceux qui armaient
les LCM des Dinassau en Indochine. Devant les portes, s’élevait
également des merlons plus petits et en pierre pour la plupart, rarement
en sacs à sable, pour empêcher les éclats des projectiles tombant dans
la cour de pénétrer à l’intérieur. J’avais établi mon PC nocturne dans
ce qu’on pourrait appeler le bar des officiers et j’y avais déplié mon
lit picot. Devant la porte, stationnait ma jeep avec les postes radio me
reliant au régiment, un ANVRC.9, à mes pelotons, un SCR 508, et aux
éléments d’infanterie à terre, un ANVRC.3. Un de ces merlons l’entourait
sur trois côtés. Le quatrième servait d’entrée… et de sortie.

Les obus de mortiers généreusement distribués aux alentours de minuit,
l’heure du crime, ne tombaient dans le poste que s’il n’y avait pas de
vent. Ce n’était pas fréquent, mais le cas se présentait au moins une
fois ou deux par semaines. Ils ne firent de victimes qu’une seule fois,
et le reste du temps des dégâts matériels plus spectaculaires que graves.

Une nuit, après l’arrosage habituel, je sortis dans la cour pour
vérifier les pneus de ma jeep qui, malgré son merlon de protection,
avaient été plusieurs fois crevés. Ils étaient intacts, mais plus loin,
sur le sol, s’étalait une mare d’un liquide qui m’apparaissait noir.
Intrigué, j’allais y tremper le doigt et le portais à mon nez, pensant
trouver de l’huile moteur ou du gaz oil. C’était du pinard ! Un obus
avait crevé le toit en tôle de la cambuse et, pendant qu’il y était, un
fut de vin qui se trouvait sur sa trajectoire. C’était un coup dur pour
le poste, car chacun sait qu’il n’y a rien de plus sacré que le quart de
pinard du matelot.

Quelques jours plus tard, alors que le poste avait été réapprovisionné
en gros rouge, ce fut le carré des officiers mariniers qui encaissa un
projectile. Vicieux, celui-ci, après avoir perforé le toit, explosa sur
le frigidaire qu’il traversa du haut en bas. Sa fusée fut retrouvée dans
la terre en dessous. Cette fois, à ma grande surprise, c’était du lait
qui ruisselait dans la cour. Les « maîtres-chargés » durent prendre leur
café noir ce matin-là !

Plus grave aurait pu être le coup qui atteint la réserve des bouteilles
de gaz pour la cuisine, juste à côté de celle-ci. Il s’agissait de
grandes bouteilles d’un mètre soixante-dix de haut du genre de celles
qu’on utilise pour l’air comprimé. Cette fois-là, je n’avais rien vu
dans la cour déserte, mais entendu un sifflement aigu qui m’a aussitôt
fait penser à mes pauvres pneus. Faisant rapidement le tour de ma jeep,
je ne vis rien d’anormal et je me demandais ce qui pouvait bien produire
ce bruit. A l’oreille j’ai fini pas trouver l’endroit d’où il provenait
mais la porte était fermée à clef. Heureusement, quelqu’un arriva
bientôt qui ouvrit et constata avec moi l’origine du mal. Un éclat
d’obus avait crevé une bouteille qui se vidait en sifflant.
Rétrospectivement, nous avions eu chaud, car si elle avait explosé, les
dégâts auraient été beaucoup plus importants, voire meurtriers.

Enfin, une dernière fois, plus spectaculaire et sérieux, ce fut le tour
du magasin d’armes qui fut détruit. Le feu se déclara car il contenait
pas mal d’huile et de graisses, à défaut de matières explosives
heureusement. Il fallut finalement faire… la part du feu !

Puis, ce fut le coup malheureux qui coûta la vie à un jeune enseigne
dont le nom m’échappe et blessa plusieurs matelots. J’étais comme
d’habitude dans mon PC nocturne en compagnie du jeune sous-lieutenant
commandant le peloton de chars M.24 lorsque les obus commencèrent à
tomber. Assis sur nos lits picots, en tenue de combat prêts à
intervenir, nous attendions, attitude la plus courante au combat. On
marche, on attend, on marche encore, puis on attend…

Je ne sais plus comment je fus averti qu’un obus avait frappé la tour.
Entre deux rafales, je traversais la cour en courant, les cours sont
faites pour ça, et je m’engouffrais dans la porte qui s’ouvrait à sa
base. Au premier étage, sans ouverture sur l’extérieur, dans une pièce
remplie de postes radio et de panneaux muraux,je trouvais le PC du poste
où se tenait le lieutenant de vaisseau qui commandait la compagnie et
l’ouvrage. Il me dit que son adjoint venait d’être tué et qu’il y avait
des blessés et des dégâts au sommet. Je m’y rendis aussitôt. Lorsque
j’atteignis l’étage supérieur, les obus de mortiers avaient cessé de
tomber.

Il n’était pas difficile de se rendre compte que l’obus meurtrier avait
explosé sur le parapet entourant la tour, en face de l’endroit où devait
se tenir l’enseigne, qui devait observer les départs des coups,
peut-être pour indiquer un objectif au canon de 20^m/m , juste à côté de
lui. Il avait été criblé d’éclats et n’avait probablement pas eu le
temps de comprendre ce qui lui arrivait. Il était certainement mort sur
le coup. Les éclats avaient également atteints, aux jambes le serveur du
canon, le haut de son corps étant couvert par le bouclier de la pièce,
et dans le dos le matelot à l’écoute du sismographe, qui se tenait
derrière le canon, dans un petit réduit édifié dans un coin mais sans porte.

Les corps des victimes avaient déjà été évacués par l’étroit escalier en
colimaçon de la tour, et on était en train de nettoyer les lieux. En
examinant l’endroit, je ne pus que constater que ce drame provenait de
la trop grande ouverture laissée entre la dalle de couverture et le
parapet. Un obus de mortier ne tombe pas verticalement mais en suivant
la courbe d’une parabole. Celui qui a éclaté sur le parapet avait du
frôler le bord de la dalle puis sa trajectoire avait pénétré
suffisamment pour frapper le bord du parapet. La dalle aurait débordé
plus laegement et l’ouverture eut été plus étroite, du type meurtrière,
l’obus aurait glissé le long du mur de la tour.

Par la suite ces ouvertures furent prudemment réduites avec des sacs à
sable entassés sur les parapets, ce qui surchargeait la tour et était
probablement inutile car un coup comme celui-la ne se reproduit pas plus
qu’il ne tombe deux fois un obus dans le même cratère.

Guénée Jean Claude

Messages : 3
Date d'inscription : 20/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Harcelement sur le barrage

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum