Mine a Souani

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Mine a Souani

Message  Admin le Mar 5 Aoû - 10:32

Cher Camarade,

La lettre de Pierre Riner que je trouve sur le site DBFM que vous avez ouvert me concerne particulièrement car j'ai été mêlé de près à cette triste histoire.
En effet en juillet 1960, j'étais enseigne de vaisseau (2° cl) chef du poste du Birrou, le plus au sud du secteur DBFM ; juste sur le barrage électrifié et à 2 000 m au nord de la "ferme Perret" tenue par le RICM. Le poste voisin au nord était le poste de Sidi bou Djenane, tenu par l'EV1 (active) Vézin d'Auzat. Mon chef était le lieutenant de vaisseau Pierre de Clarens, commandant la 36ème compagnie. Il avait pris la suite du lieutenant de vaisseau Cucherat qui avait ramené avec le BI la section dont j’ai pris le commandement. J’avais 22 ans…
La première manifestation des mines de la partie adverse a été le passage d’un des deux half-tracks de ma section sur une mine sur la piste qui menait de Bled es Souani à la zone interdite. Un seul blessé le chauffeur, un marin-pêcheur qui a eu la cuisse traversée par un éclat qui lui a coupé le nerf sciatique.
A la suite de cet accident, nous évitions, bien sûr, d’emprunter la piste et nous roulions en plein champ. C’était en effet des terres agricoles qui étaient utilisées avant la fermeture de la frontière par le barrage pour la culture du blé. (Ceci a donné lieu à une autre histoire plus drôle que je raconterai plus tard et qui concerne aussi le RICM).
La deuxième manifestation m’a concerné encore plus directement. Un jour de ce mois de juillet 1960, le capitaine commandant l’escadron de Shaffee M 24 basé à Souani imagina de m’envoyer avec ma section mettre en place une embuscade de nuit en zone interdite dans un coin quelconque que je ne connaissais pas (et aucun renseignement n’indiquait la probabilité de passage de fells dans ce coin. Ce n’était pas mon supérieur hiérarchique et je l’envoyais faire f…. en disant que je n’irais certainement pas avant d’avoir fait de jour une reconnaissance des lieux. Il me répondit qu’un escadron allait justement sortir dans la zone et, ravi de faire un tour en char (le premier et le dernier de ma vie), j’embarquais sur le char en partance. Nous avons franchi le réseau au lieu-dit par nous « Versailles » par dérision pour le blockhaus construit par mes matelots bretons pour défendre cet accès. 1 500 m plus loin – boum ! - le char passe sur une mine. J’étais assis sur la tourelle à droite et le garde-boue de la chenille m’a protégé et je m’en suis tiré avec un blast auriculaire et quelques petits éclats dans le bras droit.
A mon retour à la compagnie j’ai eu de nouvelles raisons de dire au capitaine du RICM qu’il ferait bien d’éviter de faire prendre à ses chars la piste en question. Mais il a persisté et a fait venir le génie pour déminer avec les « poêles à frire ».
Voyant cela le fell moyen qui nous observait à la binoculaire comme nous le faisions de mon poste jusqu’à leur camp d’Oujda a remplacé les mines métalliques par un bon gros sac d’explosif avec un allumeur à pile dans une pince en bois. Et à la sortie suivante le char Hanoï a sauté. Vous connaissez la suite.
Ce capitaine (dont je n’ai pas oublié le nom basque célèbre) ne réalisait pas que ses chars ne servaient pas à grand chose dans cette guerre à pied d’embuscades et d’escarmouches de nuit, pas plus que les chars américains en Irak. Il était victime d‘une « doctrine d’emploi » inadaptée à ce conflit et mieux aurait valu le bon sens d’un boy-scout dans un grand jeu ; je pourrais employer d’autres adjectifs mais nous sommes restés amis et je l’ai revu avec bonheur de nombreuses années plus tard en 1966 sur le quai de la gare de Saint-Pierre des Corps (Tours).
Quand au chef de char, Pierre Riner, dont je n’avais pas retenu le nom, je l’ai retrouvé à l’hôpital de Tlemcen où l’on m’avait envoyé quelques jours. Il était bien mal en point et je suis bien heureux de savoir qu’il a survécu. Avez-vous ses coordonnées ?

Voilà une première « histoire » de la 36ème compagnie. J’en ai écrit bien d’autres dans l’album qui est dans les mains de mon ami Pierre de Clarens et titré « Souvenirs d’un aspirant de la Vème République », dont je pourrais vous faire des extraits si vous le souhaitez.

Bien cordialement

Olivier Chateauminois
Capitaine de vaisseau (H)

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